« Faire jaillir des idées nouvelles du choc de deux idées anciennes »

Tout commença lorsqu’un jour mon amie japonaise Rye Yagura, plus connue sous le nom de Mlle Y et son mari Jacques Pepion, illustre photographe français, m’apportèrent un objet qu’ils avaient chiné dans une brocante du sud de la France : un vinyl illustré des années 50 sur lequel on pouvait voir un étrange personnage… un homme, des écouteurs sur les oreilles, soigneusement affairé à envoyer un message par la magie d’un simple geste, avec un seul doigt, une seule pression. Une inscription en typographie ancienne : « Le Professeur Inlassable, manipulation à la main ». Rye me le tendit en me disant avec son accent japonais rieur : « Tiens Jean, c’est pour toi ! »

C’est à ce moment-là, à l’instant même où je saisis cet objet que je suis devenu « Le Professeur Inlassable » et que la vie m’a accordé ce titre honorifique. Professeur comme l’était mon père et inlassable comme ma dévorante passion pour les boucles, la répétition, les colisions sonores et les plus improbables rencontres. La tête à égale distance entre deux haut-parleurs, pour, comme le décrivait Boris Vian dans L’Ecume des Jours« faire jaillir des idées nouvelles du choc de deux idées anciennes ». Répétition, hypnose, transe, état d’écoute de chaque détail d’un son et de toute la richesse poétique qui la compose.

Je venais d’être baptisé « inlassable » par le biais d’un vieux 33 tours imaginé par des étudiants en école centrale d’électronique des années 50. Inlassable était désormais ma marque de fabrique… j’allais pouvoir produire d’inlassables chansons, d’inlassables artistes dans mon studio qui lui-même devenait inlassable, et cela pour servir mon inlassable besoin de rencontre et de création.

La première rencontre qui allait changer le cours de ma vie ne se fit pas tarder. Elle s’opéra quand mon ami François Basset vint me présenter Bibi Tanga et que quelques mois après que nous nous sommes vus pour la première fois nous produisions tous les deux Yellow Gauze, premier album de L’Inlassable.

 

Comments are closed.